9 sept. 2026
Analyse des préférences révélées lors de la session Parcoursup 2025.
Chaque année, les écoles d'ingénieurs françaises réalisent une grande partie de leurs recrutement sur parcoursup, notamment celles que l'on désigne post-bac pour lesquelles ce recrutement représente l'essentiel de leurs futurs étudiants, s'engageant pour 5 ans de formation. Parcoursup publie une partie des données liées aux admissions notamment les taux de sélectivité et les taux d'intégration. Lorsqu’un étudiant susceptible d’intégrer plusieurs formations rejoint finalement l’une d’elles, son choix apporte une information sur leur attractivité relative.
Chez DAUR, nous avons exploité cette logique pour comparer les établissements d’ingénierie accessibles via Parcoursup. L’objectif n’est pas de mesurer la difficulté d’admission, le niveau scolaire des promotions ou la qualité académique des cursus. Il s’agit de répondre à une question distincte : à niveau comparable et lorsqu’un choix est possible, quelle école est la plus souvent préférée ?
La base couvre 317 formations d’ingénierie, rattachées à 137 écoles ou groupes d’écoles grâce à une nomenclature commune. Parmi elles, 293 formations comptent au moins un intégré et alimentent directement l’estimation.Au total, le périmètre représente 876 654 candidatures comptabilisées au niveau des formations (un même candidat pouvant apparaître dans plusieurs formations) et 18 643 intégrations.
Le regroupement par école est essentiel. Une même institution peut proposer plusieurs spécialités, plusieurs campus ou plusieurs voies d’accès. Toutes les formations associées à un même groupe sont réunies avant l’estimation finale. Les comparaisons entre deux formations d’une même école sont exclues : elles ne doivent pas être interprétées comme des victoires de l’école sur elle-même.
Les données disponibles sont agrégées. Elles ne contiennent pas, candidat par candidat, une liste exhaustive des propositions reçues et du choix final. L’analyse reconstitue donc une population synthétique d’intégrés et un classement général cohérent à partir des taux d’admission et d’intégration modélisés.
Pour chaque formation i, on estime un seuil d’admission p(i). Les étudiants synthétiques mieux classés que ce seuil et intégrés dans une autre formation sont considérés comme autant de préférences révélées en faveur de leur école. Ces observations sont ensuite additionnées dans une matrice de comparaisons par paires.
Cette construction produit, pour deux écoles i et j, un nombre de "victoires" de i sur j et un nombre de victoires de j sur i. Le réseau comparatif du modèle complet relie 570 groupes et couvre les 162 165 paires possibles. Le graphique présenté ici en extrait uniquement les 137 groupes d’ingénierie accessibles via Parcoursup.
L’attractivité est estimée avec un modèle de Bradley–Terry. À chaque école i est associé un paramètre latent θi. La probabilité que l’école i soit préférée à l’école j s’écrit :
Le modèle est ajusté par maximum de vraisemblance sur l’ensemble des comparaisons. Les paramètres sont ensuite centrés, car seuls leurs écarts sont identifiables.
Les valeurs θi, difficiles à lire directement, sont transformées en un score compris entre 0 et 100 :
Ce score conserve les écarts du modèle : il ne s’agit pas d’un percentile. Un score de 80 ne signifie donc ni que l’école gagne 80 % de ses comparaisons, ni qu’elle appartient automatiquement aux 20 % premières.
Dans la calibration utilisée ici, un écart de 5 points correspond à une probabilité de préférence d’environ 73 %, et un écart de 10 points à une probabilité proche de 88 %.
L’échelle 0–100 est calculée sur l’ensemble des 570 groupes du modèle, puis le graphique est filtré sur les seules écoles d’ingénierie. C’est pourquoi l’établissement le mieux placé dans ce graphique obtient 88,4 et non 100.
Illustration complète de l'attractivité des écoles d'ingénieurs post-bac 2026 (session 2025), les écoles de moins de 25 intégrées n'ont pas leur logo sur le graphique.
Lecture : seule la position verticale traduit l’attractivité. L’axe horizontal ne porte aucune information et sert uniquement à espacer les bulles. Leur taille représente le nombre d’étudiants intégrés dans les formations rattachées à l’école. Données : session Parcoursup 2025.
Le graphique met en évidence des écarts importants entre écoles appartenant à un même réseau mais ces écarts restent conscrits dans une "zone" du graphique.
Le groupe INSA place toutes ces écoles dans la première moitié de tableau (en particulier les 5 plus anciennes qui s'établissent au sommet) : INSA Lyon obtient 88,4, INSA Toulouse 82,1, INSA Rennes 72,8, INSA Rouen Normandie 66,1, INSA Strasbourg 64,4, INSA Hauts-de-France 52,8 et INSA Centre Val de Loire 46,4. Le groupe est suivi par les universités de technologie : UTC atteint 80,9, UTT 62,1, UTBM 46,6 et UTTOP 44,2. Et les écoles du réseau Polytech où l'écrat est très resséré avec 16 écoles dans + ou - 7 points d'écart autour des 47 points.
L’appartenance à un réseau crée une identité commune, mais elle n’efface ni les effets de localisation, ni la spécialisation des cursus auprès des candidats.
La partie centrale du graphique est beaucoup plus dense que son sommet. 48 des 137 groupes, soit environ 35 %, se situent entre 40 et 60 points. Le score médian s’établit à 38,4. Dans cette zone, quelques points ne suffisent pas à établir une hiérarchie définitive. Les choix peuvent être davantage influencés par le domaine de spécialisation, la proximité géographique, le coût des études, l’alternance, la vie de campus ou encore la connaissance de l’école au moment de formuler les vœux.
Cette densité rappelle aussi que le rang ordinal simplifie fortement l’information. Deux écoles séparées de quelques places peuvent présenter des niveaux d’attractivité presque identiques, tandis qu’un écart de score important traduit une différence de préférence plus structurante.
La taille des bulles permet de visualiser les effectifs intégrés, mais elle n’entre pas directement dans la lecture verticale. Une grande école en volume peut afficher un score moyen, tandis qu’une formation de petite taille peut atteindre un score élevé.
Le score répond à une logique de préférence relative. Le volume dépend aussi du nombre de places, du nombre de formations rattachées au groupe et de la stratégie de recrutement. Une bulle plus grande n’est donc pas plus attractive.
L’attractivité apporte une information que les seuls taux d’admission ne peuvent pas fournir. La sélectivité indique jusqu’où une formation recrute. Le niveau moyen décrit le profil académique de ceux qui l’intègrent. L’attractivité cherche, elle, à identifier l’option privilégiée lorsque plusieurs possibilités sont accessibles.
Ces trois dimensions doivent être lues ensemble. Leur combinaison permet de mieux comprendre la place d’une école dans les choix des candidats, sans réduire l’orientation à un classement unique.
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